Sigbjorn Obstfelder
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OBSTFELDER, Sigbjørn.
Norvégien.
1866-1900.

Sigbjørn Obstfelder est né à Stavanger. Il fit des études d’ingénieur et émigra aux Etats-Unis. Il revint deux ans plus tard en Norvège où il publia un premier recueil, Digte, en 1893. Son état mental se fragilisa, et il mourut de la tuberculose le jour même de la naissance de son unique enfant.
A la lecture des poèmes d’Obstfelder, on est surpris par l’originalité de son œuvre et par sa facilité à changer de tonalité. Il s’exprime parfois avec une simplicité déconcertante : comme dans Julaften, par exemple :

Je rentrai dans ma mansarde
allumai une bougie.

J'allumai une bougie
et posai la bible sur mon coffre.

Je m'agenouillai devant mon coffre
et soufflai la poussière de ma bible.

Je joignis les mains sur ma bible
et je pleurai.

Ou dans jeg ser :

Je regarde le ciel vaste
je regarde les nuages gris-bleu,
je regarde le soleil sanglant.

Cela est alors le monde.
Cela est alors le foyer des mondes.

Une goutte de pluie !

Je regarde les hautes maisons,
je regarde les milliers de fenêtres,
je regarde les vergers lointains.

Bien sûr, chaque fois, cette simplicité est signifiante : elle rend d’autant plus surprenante la prise de conscience ingénue de jeg ser : « je suis arrivé en un faux monde », comme l’impression d’innocence souffrante, permettant de rendre poignante et non pathos la douleur de Julaften. Obstfelder peut constater avec une gravité naturelle.
Il peut aussi être visionnaire, accordant à la force de son imagination le premier plan, comme dans Al skabningen sukker :

Où les chemins se rencontrent
se tient la croix blanche
avec le voile
et ses gouttes de sang.

Ses images sont alors osées : comme ce bras aux milles pupilles de Din arm, din sjæl :

Et de nouveau étrange! Ton bras, ton bras!
il voit, ton bras! il a des pupilles, oui!
Et non deux, des milliers. Oui, il voit,
voit, voit!

Il peut frôler le romantisme, écrire un poème d’amour….
Cette variété d’expression n’est pas le fruit d’un travail artificiel, mais d’une capacité rarement égalée à exprimer mieux, plus : Obstfelder semble chercher sans cesse à faire comprendre le plus possible de son expérience personnelle.
C’est ce qui fait de lui sans doute le plus grand poète norvégien du dix neuvième- et sans doute, aussi, du vingtième siècle.


Han sår

Og dagen den går med latter og sang,
og døden han sår i natten så lang.
Døden han sår.

Han går og sår,
sår og sår -
rædde roser, blege tulipaner,
sorte violer og syge hyazinther,
mimoser.

Han går og sår,
sår og sår -
blege smil, bange tårer,
sorte kvaler og syge længsler,
tvil.

Dagen den går med latter og sang.
Døden han sår i natten så lang.
Døden han sår.


Elle sème.

Et le jour il va avec rires et chants,
et la mort elle sème dans la nuit si longue.
La mort elle sème.

Elle va et sème,
sème et sème-
roses effrayées, pâles tulipes,
violettes noires et jacinthes malades,
mimosas.

Elle va et sème,
sème et sème-
pâles sourires, larmes craintives,
noires souffrances et désirs malades,
doute.

Le jour il va avec rires et chants.
La mort elle sème dans la nuit si longue.
La mort elle sème.

*************************************


Salme

Når den første tåre smelter,
da brister sorgen.
O Gud, giv mig den første tåre.

Hos mig er tåren is
og min sorg er isens rose.
Hos mig er tåren is,
og mit hjerte fryser.

Cantique

Quand la première larme coule,
alors se brise la douleur.
O Dieu, donne moi la première larme.

En moi la larme est glace
et ma souffrance est la rose de glace.
En moi la larme est glace,
et mon coeur gèle.


************************************

Til dig

Her vil jeg sende dig min sang.
Dalen venter. Trærne lytter.
Tusende lyse trær
strækker mod solen følsomme fingre.

Bud skal du få.
Fra blomsterlæber, halvtåbnede,
fra fuglebryster, fryddirrende.
Luk op dit vindu:

Føler du ude fra der, hvor linje og farve
smelter til ét,
det stige og falde,
det roligt suge
tidens blødtdryppende dug,
sekundernes blødtdryppende perler?

Føler du, din sjæl på dampende vover
vugges med,
på varme vover fra blades årer,
som grønner deres hud,
ildner georginerne,
stænker nillikens blyge kind.

Føler du ude fra der, hvor linje og farve
smelter til ét,
som en enkelt vove blandt jordens dampende,
et bryst åndende,
sugende livsvarmen,
mødende dit.
Det er mit!

A toi.

D'ici je veux t'envoyer ma chanson.
Le val attend. Les arbres écoutent.
Des milliers d'arbres clairs
tendent vers le soleil des mains sensibles.

Tu auras un message.
Des lèvres des fleurs, à demi ouvertes,
de la gorge des oiseaux, se réjouissant.
ouvre ta fenêtre :

Sens-tu là-bas, combien lignes et couleurs
se mêlent,
qu'on s'élève et tombe,
qu'on boit avec joie
la rosée du temps tombant mollement,
les perles des secondes tombant mollement?

Sens-tu, ton âme par les vagues vaporeuses
bercée, par les vagues
chaudes des nervures des feuilles,
qui verdissent leur peau,
enflamment les dahlias,
éclaboussent la joue timide des oeillets.

Sens-tu là-bas combien lignes et couleurs
se mêlent,
comme une seule vague sur la terre vaporeuse,
une poitrine respirant,
buvant la chaleur de la vie,
rencontrant la tienne.
C'est la mienne!


**************************************

Din arm, din sjæl

Jeg ser din arm i nattens mulm.
Så sært: Din arm i mulmet, hvid og smal
som sjæl fornemmes! Sølvergrå som din,
din sjæl!

Som danske enges sølverdis
ved juninat, og dog ei vag som dis,
nei slank som siv, som sivet slebet svai,
svai, slank!

Som dis! som siv! Som disen let,
med stille fjed som tågefjed i mos.
Med sivets natteskjælven, å så tung,
tung, ræd!

Og atter sært! Din arm, - din arm!
den ser, din arm! pupiller har den. Ja!
Ei to blot, tusend har den. Ja, den ser,
ser, ser!

Men ak! Jeg kan ei tyde, du,
de tusend stråler. Ler de? Gråter? Ak!
Jeg kan ei, kan ei! Længes? Drømme mon?
Elskov?

Jeg ved det ei. Jeg ved kun ét!
at blikkets glans er skjær som liljers gråt.
Jeg ved kun ét! At blikkets glans er skjær,
skjær, skjær.

Ton bras, ton âme

Je vois ton bras dans l'obscurité de la nuit.
Si étrange : ton bras dans l'obscurité, blanc et mince
comme l'âme pressentie! Gris argent comme la tienne,
ton âme!

Comme la brume argentée sur les champs
du Danemark, les nuits de juin,
et cependant non vague comme la brume,
mais mince comme les roseaux, comme la traîne ondulante des roseaux,
ondulant, mince!

Comme la brume! le roseau! Léger comme la brume,
empreinte silencieuse sur la mousse.
Avec le tremblement nocturne des roseaux, si pesant,
si pesant, si craintif!

Et de nouveau étrange! Ton bras, ton bras!
il voit, ton bras! il a des pupilles, oui!
Et non deux, des milliers. Oui, il voit,
voit, voit!

Mais ah! Je ne peux interpréter, venant de toi,
les mille rayons. Sourient -ils? Pleurent-ils? Ah!
Je ne peux pas, je ne peux pas! Est-ce qu'ils rêvent, soupirent?
Aiment?

Je ne sais pas. Je ne sais qu'une chose!
que l'éclat du regard est pur comme les pleurs d'un lys.
Je ne sais qu'une chose : que l'éclat du regard est pur,
pur, pur.


jarvella
15/05/06