August Strindberg
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August Strindberg
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August Strindberg est né à Stockholm. Son père, Carl Oscar Strindberg, armateur aux succès mitigés, est d’origine aristocratique et sa mère, Ulrika Eleanora Norling, est d’origine modeste.
August grandit entouré de nombreux frères et sœurs ; son enfance est plutôt misérable. Sa mère meurt quand il a treize ans, et ses relations avec sa belle-mère sont désastreuses.
En 1867 il entre à l’université d’Uppsala, mais échoue aux examens. Il travaille un temps au Théâtre royal, écrit trois pièces qui sont rejetées. Il retourne à l’université, puis travaille comme journaliste tout en écrivant « Maître Olof », pièce historique.
En 1874 il travaille comme bibliothécaire à la Bibliothèque royale. En 1877 il épouse la Baronne Siri von Essen, ancienne épouse du baron Carl Gustaf Wrangel, aristocrate finlandais.
Son premier roman est publié en 1879, röda rummet, la chambre rouge. Strindberg écrira par la suite une œuvre immense, et variée ; des dizaines de pièces de théâtre, des romans, certains presque fantastiques, d’autres historiques, autobiographiques, engagés contre les abus du capitalisme, des nouvelles, des poèmes, des essais… il peindra aussi ; une de ses toiles est d’ailleurs exposée au musée d’Orsay.
Sa vie privée est très mouvementée ; il quitte Siri von Essen, se remarie, rongé par la culpabilité. Ses relations difficiles, tourmentées, inspirent une bonne partie de ses pièces.
Strindberg sombre peu à peu dans la folie : son journal « inferno » relate bien la gravité de son état : il est souvent persuadé qu’on cherche à le tuer à distance, à travers les murs- ce même journal montre bien combien son pessimisme est réfléchi et sans issu : le prologue présente la création du monde comme l’œuvre d’un maniaque, s’amusant des souffrances des hommes. On retrouve la tonalité de la pièce « le songe », dont quelques extraits sont traduits ici.
« Chrysaetos », sans doute son chef d’œuvre poétique (qui suscita l’admiration de Stig dagerman) peut être lu comme un assemblage fiévreux de souvenirs, mi rêvés, mi « délirés », mais avec toujours la présence menaçante d’une puissance maléfique : qui semble désirer la perte des hommes.
Très connu en France pour son théâtre, August Strindberg mérite d’être connu pour l’intégralité de son œuvre, y compris ses poèmes.


Ur Ett drömspel

I
Födda under himmelens skyar
jagades vi av Indras ljungeldar
ner på den stoftiga jorden ...
Åkrarnes strö solkade våra fötter;
landsvägarnes damm,
städernas rökar,
onda andedräkter,
matos och vinångor
måtte vi fördraga ...
Ut på vida havet sträckte vi
att lufta våra lungor,
skaka våra vingar,
och tvätta våra fötter.
Indra, himmelens herre,
hör oss!
Hör när vi sucka!
Jorden är icke ren.
livet är icke gott,
mänskorna icke onda,
icke goda heller.
De leva som de kunna,
en dag om sänder.
Stoftets söner i stoft vandra,
av stoftet födda
till stoft varda de.
Fötter att trampa fingo de,
vingar icke.
Dammiga bliva de,
är skulden deras
eller din?

Vindarne, vi luftens barn,
föra mänskornas klagan.
Hörde du oss
i skorstenspipan om höstkväll,
i kaklugnsluckorna,
i fönsterspringan,
då regnet grät ute på takplåtarne,
eller i vinterkväll
i snöig furuskog
på blåsiga havet
hörde du jämmer och kvidan
i segel och tåg ...
Det är vi, vindarne,
luftens barn,
som ur människobröst
dem vi gått igenom,
lärt oss dessa kvalens toner ...
I sjukrum, på slagfält,
i barnkamrar mest
där nyfödda kvida,
klaga, skrika
av smärtan att vara till.
Det är vi, vi vindarne
som vina och vinsla
ve! ve! ve!

Det är vi, vi vågorna,
som vagga vindarne
till vila!
Gröna vaggor, vi vågor.
Våta äro vi, och salta;
likna eldens lågor;
våta lågor äro vi.
Släckande, brännande,
tvättande, badande,
alstrande, avlande.
Vi, vi, vågorna,
som vagga vindarne
till vila!


II
"Varför födes du med smärta,
varför plågar du din moder,
mänskobarn, när du skall skänka
henne modersfröjden,
fröjden över alla fröjder?
Varför vaknar du till livet,
varför hälsar du på ljuset,
med ett skrik av ondska och av smärta?
Varför ler du ej mot livet,
mänskobarn, då livets gåva
skall ju vara glädjen själv?
Varför födas vi likt djuren,
vi av gudastam och mänskoätt?
Anden krävde dock en annan klädnad
än den här av blod och smuts!
Skall Guds avbild ömsa tänder ...

Och så börjar vandringsloppet
över törne, tistel, stenar;
går det någon gång på banad väg
kallas genast den förbjuden;
plockar du en blomma, straxt
får du vet att den äges av en annan;
stänges vägen av en åker
och du måste fram din färd,
trampar du i andras gröda;
andra trampa sen i din,
för att göra skillnan mindre!
Varje glädje som du njuter
bringar alla andra sorg,
men din sorg gör ingen glädje,
därför är det sorg på sorg!
Så går färden till din död
som tyvärr blir andras bröd!"

III
Vårt avsked förestår och slutet nalkas;
farväl du mänskobarn, du drömmare,
du skald som bäst förstår att leva;
på vingar svävande utöver jorden,

du dyker ner ibland i mullen
för att den snudda vid, ej fastna!
- - - - - - - - - -
Nu när jag går ... i avskedsstunden
när man skall skiljas från en vän, en plats,
hur stiger icke saknaden av det man älskat,
och ångern över det man brutit ...
O, nu jag känner hela varat's smärta,
så är det då att vara människa ...
Man saknar även det man ej värderat
man ångrar även det man icke brutit ...
Man vill gå bort, och man vill stanna ...
Så rivas hjärtats hälfter var åt sitt håll,
och känslan slits som mellan hästar
av motsats, obeslutsamhet, disharmoni ...
- - -
Farväl! Säg dina syskon att jag minns dem,
dit nu jag går, och deras klagan
skall i ditt namn jag bära fram till tronen.
Farväl!

Tiré de la pièce le songe.

I
Nés sous les nuages du ciel
chassés par les éclairs d'Indra
en bas, sur la terre poussiéreuse…
La balle des champs a sali nos pieds,
la poussière des grands-routes,
les fumées des villes.
Nous avons dû supporter
mauvaises haleines,
vapeurs de vin et de cuisine…
Nous sommes allés sur l’immense mer
pour aérer nos poumons,
agiter nos ailes,
et nettoyer nos pieds.
Indra, maître du ciel,
Ecoute-nous !
Ecoute quand nous soupirons !
Non, la terre n’est pas pure.
La vie n’est pas bonne,
les hommes ne sont pas méchants
ils ne sont pas bons non plus.
Ils vivent comme ils peuvent
le jour qui leur échoit.
Les fils de la poussière errent dans la poussière,
nés de la poussière
et poussière ils seront.
Ils eurent des pieds pour marteler le sol,
mais pas d’ailes.
S’ils sont devenus poussiéreux
est-ce leur faute
ou bien la tienne ?

Nous les vents, les enfants de l’air,
nous portons la plainte des hommes,
nous as-tu entendus
dans la cheminée un soir d’automne,
dans la trappe du poêle,
dans la fente des fenêtres,
quand la pluie pleure sur les toits,
ou bien les soirs d’hiver,
dans la forêt de pins recouverte de neige,
ou sur la mer battue des vents
entendais-tu les lamentations, les plaintes
dans les voiles et les cordages...
C’est nous, les vents,
les enfants de l’air,
comme si des poitrines des hommes
que nous avons traversées
nous avions appris ces notes de souffrance…
Dans la chambre du malade, sur le champ de bataille
dans la chambre de l'enfant, surtout,
où pleurent les nouveaux-nés
qui crient, se lamentent
de la douleur d'exister.
C'est nous, les vents
qui sifflons et gémissons.
Malheur ! malheur ! malheur !

C'est nous, les vagues
qui berçons les vents
pour les endormir!
Verts berceaux, nous les vagues.
Nous sommes humides et salées,
comme les flammes du feu,
d'humides flammes.
Eteignant, brûlant,
provoquant, engendrant.
Nous, nous, les vagues
qui berçons les vents
pour les endormir!

II
Pourquoi es-tu né dans la douleur ?
Pourquoi fais-tu souffrir ta mère,
enfant des hommes, quand tu lui donnes
la joie de la maternité,
la plus grande de toutes les joies ?
Pourquoi t’éveilles-tu à la vie,
pourquoi salues-tu la lumière
par un cri de méchanceté et de douleur ?
Pourquoi ne souris-tu pas à la vie,
enfant des hommes, puisque la vie
doit être la joie elle-même ?
Pourquoi naissons-nous comme des animaux
nous de souche divine, et de la famille des hommes?
L’esprit exigeait pourtant un autre vêtement,
que celui-ci, de sang et de saleté!
L’image de Dieu doit-elle changer ses dents...

Et commence la course errante
sur les épines, les chardons et les ronces.
Est-il un chemin qui s'ouvre
il est déclaré interdit.
Cueilles-tu une fleur, vite, tu apprends
qu'elle appartient à un autre ;
un champ se tient-il en travers de ta route,
et tu dois poursuivre ton voyage
tu piétines des récoltes ;
d'autres piétinent alors les tiennes
pour faire moindre la différence!
Chaque joie dont tu profiteras
donnera de la peine à tous les autres
mais ta peine ne rendra heureux personne
car c'est chagrin pour chagrin !
Ainsi va ta route jusqu’à ta mort
et il en sera de même, malheureusement, pour les autres qui viendront!

III
C’est le moment de se quitter, et la fin approche ;
adieu, enfant des hommes, toi rêveur,
toi poète qui mieux que quiconque sait vivre ;
ailé, planant sur le monde,
tu plonges parfois dans la terre,
Pour l’effleurer, non y rester!

Maintenant, alors que je m’en vais... au moment de se quitter,
quand on se sépare d'un ami, d'un lieu
combien grandit le regret de ce qu'on a aimé
le remords de ce qu'on a brisé...
O, je sens maintenant toute la douleur d'être,
c’est donc cela, être un humain…
On regrette même ce qu’on n’estimait pas
on se repend même de ce qu'on n'a pas brisé...
On veut partir, et on veut rester…
Ainsi le cœur se brise, en deux parties,
et les sentiments sont écartelés, comme par des chevaux
de contradiction, d'indécision, de dissonance...

Adieu ! Dis à tes frères et sœurs que je me souviendrai d'eux
là où je vais, et leur plainte
je la porterai en ton nom devant le trône.
Adieu !


jarvella
15/05/06